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Edito FNTR : Foules sentimentales

Edito FNTR : Foules sentimentales

Edito FNTR du 29/11/18

Une députée de LREM a souhaité dialoguer avec les gilets jaunes de sa circonscription. Elle en est revenue déconfite en disant « Je suis venue avec mes arguments. Ils m’ont répondu avec leurs sentiments ». Autant dire qu’elle ne parlait pas la même langue. L’expression a fait florès : « allez parler de la fin du monde à des gens qui ne savent déjà pas boucler la fin du mois ».

Au-delà de la formule, une réalité : trop de taxes, pas assez de pouvoir d’achat. Cela s’entend. D’ailleurs les pouvoirs publics disent « entendre », « comprendre », mais de mesures concrètes point. Attardons-nous un peu sur la forme. On n’a jamais vu autant d’experts sur les plateaux de télévision. Des bons rarement, et le plus souvent des pseudo éco-socio-spécialistes. L’un d’entre eux a tenu un long laïus (qui a dû achever de dégonder des portes ouvertes largement enfoncées) en parlant des gilets jaunes comme de « ces gens-là ». Ce n’était peut-être pas voulu mais ça sentait quand même vaguement le mépris. Ajoutons-y le jugement péremptoire que « ces gens-là » auraient des « demandes contradictoires » à savoir moins de taxes mais plus de services publics. La vraie contradiction n’a pas été relevée : nous avons plus de taxes et moins de services publics !  (Peut-être qu’il y aurait un problème lié à la dépense publique ? Je dis ça, je dis rien...). Sous-entendu : on a affaire à des imbéciles.

Mais le pompon aura été quand même d’entendre le chef de l’État parler des « classes laborieuses ». Et c’est sûr qu’en parlant de classes, on imagine que « ces gens-là » peuvent éprouver un sentiment de déclassement. La forme est quand même très révélatrice du fond. Et quand on ajoute à tout ça qu’on ne change rien, mais qu’on va faire de la « pédagogie », on ne peut y voir qu’un aveu.  Une majorité de décideurs et de faiseurs d’opinion ne comprennent pas « ces gens-là ». Ils ne comprennent rien du tout. Comme le disait la jolie chanson « Il faut voir comme on nous parle ». Comme on nous parle...

Florence Berthelot