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Edito FNTR : déconnexion

Les politiques ignorent ce qu’est le transport routier de marchandises aujourd’hui et continuent d’aborder notre secteur avec une pensée du XXe siècle

EDITO DE LA FNTR DU 18/05/2016

L’anecdote a fait le tour du Web. Interrogé à propos du site « le Bon Coin », un homme politique (dont nous tairons le nom) a tout simplement répondu qu’il ne savait pas ce que c’était... Le fondateur du site a qualifié cette histoire de « triste ».  Elle n’est pas triste. Elle est très inquiétante. Si on ne demande pas à un homme politique d’aller sur un tel site pour acheter ou vendre, on peut à tout le moins lui demander de savoir que ce site est devenu le site de référence des demandeurs d’emploi et des recruteurs, dépassant Pôle Emploi, en qualité de service et en quantité d’emplois référencés.

Ce fait interroge les services publics de l’Etat. Il devrait interpeller les décideurs en charge ou ceux qui entendent candidater à l’investiture pour les présidentielles. Ne pas être connecté est une chose. Mais être à ce point déconnecté en est une autre. Internet a pris dans nos vies, tant sur un plan personnel que professionnel, une place centrale. Dans deux ans, tous les contribuables rempliront leur déclaration de revenus en ligne. C’est déjà le cas pour les données sociales en entreprise. Les exemples sont innombrables.

A l’heure où les organisations professionnelles préparent les "programmes revendications" pour les futurs candidats, on devine qu’il va falloir faire preuve de beaucoup de pédagogie. C’est d’ailleurs déjà le cas. Quand on explique par exemple ce qu’est une bourse de fret, ou une plate-forme dite de « géo-courtage » (la dénomination a été créée par le créateur), on voit bien qu’on bouscule le schéma intellectuel de ceux qui pensent connaître le transport. Généralement, le secteur n’est vu qu’à travers le camion, les infrastructures, les taxes, ou les grèves. Et la sous-traitance étrangère. Or, méconnaître qu’une partie significative des flux passe désormais par une contractualisation en ligne, accessible par les nouveaux outils de communication, c’est ignorer ce qu’est le transport aujourd’hui. De même, passer à côté, ou renvoyer à dans cinq ou dix ans, la révolution numérique et technologique du secteur, continuer à privilégier des contrôles qui ne tiennent pas compte des données informatiques disponibles, cela revient à aborder un secteur hyper moderne avec une pensée du XXe siècle.

Donc, on peut légitimement se poser la question : comment demander quoi que ce soit, sans d’abord faire l’éducation de ceux qui nous gouvernent et qui nous gouverneront demain ? Vu le temps que cela va prendre, on se demande même si cela en vaut la peine. Après tout, ce n’est pas la politique qui a changé le monde du transport. C’est le monde du transport qui va changer et les politiques tenteront de suivre. Et ça, ce n’est malheureusement pas nouveau.