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Edito FNTR : « C’est quoi cette kalachnikov ? »

Le 18/04/2018

Edito FNTR : « C’est quoi cette kalachnikov ? »

Edito FNTR du 18/04/18

La proposition a de quoi allécher le chaland. Une compagnie d’autocars propose la gratuité du transport aux passagers qui, en contrepartie, acceptent de transporter un ou des colis pour des tiers. L’imagination de l’économie collaborative est sans limite ! Cela permet à une entreprise de transport de personnes de devenir une entreprise de transport de marchandises en ayant ses clients comme sous-traitants ! Cela confine au génie...

Enfin à condition de contourner pas mal de réglementations relatives au transport. Faire d’un particulier un livreur n’est pas une idée très nouvelle. Sauf qu’on peut le tourner dans tous les sens, ce n’est rien d’autre que de l’exercice illégal de transport de marchandises. En effet, un passager de car n’est pas un transporteur dûment inscrit, avec tout le lot de contraintes qui pèsent sur un professionnel. Lui offrir la gratuité de son propre transport moyennant service est pour le coup assez novateur. C’est du transport gratuit à l’envers.

Il serait intéressant de savoir combien paie celui qui a demandé le transport du colis. Les particuliers qui trouvent l’idée sans doute séduisante n’ont peut-être pas idée de leur propre responsabilité. On imagine un jour un contrôle de la Douane « volante » ou de la gendarmerie sur les colis transportés. On devine l’air éberlué du client à qui on va demander la lettre de voiture. On peut même envisager sa stupéfaction si, à cette occasion, on trouve dans les colis des choses par très licites. « C’est à qui ce sac de cocaïne ? C’est quoi cette kalachnikov ? ». La réponse ne pourra qu’être embarrassée.  « Heu... c’est pas à moi...  Mais ça me paie mon trajet. » Ben voyons.

En finissant au poste, le client se dira peut-être que c’est cher payé pour avoir économisé quelques euros. Certes, on force le trait en soulignant des situations extrêmes. Sans aller aussi loin, à qui incombera la responsabilité d’objets cassés, de produits détériorés ? Finalement, il n’y a qu’une constante dans ces montages. Une règle invariable d’Internet et de ces « nouveaux » process : quand c’est gratuit, c’est toi le produit.

Florence Berthelot