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Edito FNTR : Amélie ne reviendra pas

Edito FNTR : Amélie ne reviendra pas

EDITO FNTR du 21 juin 2019

Voilà vingt ans sortait un film délicieux « le fabuleux destin d’Amélie Poulain ». Tous ses personnages étaient bien attachants (y compris « M. Bretodeau » qui retrouve la boîte à trésor de son enfance et dont l’interprète vient de disparaître). Mais le personnage principal de ce film était avant tout... Paris. Un Paris de rêve, la butte Montmartre, la gare de l’Est (et son photomaton), et ses bistrots où les joies et les chagrins du monde se donnaient rendez-vous. Le réalisateur Jean-Pierre Jeunet, récemment interrogé sur la possibilité que soit tournée une suite a répondu « non. » Certes, il n’a pas dit, comme on le lui a prêté, que Paris était devenu « moche ». Il a simplement répondu « qu’il ne pourrait plus utiliser les mêmes décors en raison des travaux dans Paris ».

Comment lui donner tort ? En février, on dénombrait 6 079 chantiers en cours soit plus de chantiers que de rues dans Paris (on n’est jamais sûr du nombre mais c’est entre 5 000 et 5 600 rues), ce qui signifie -on s’en doute- qu’il y a des rues qui comptent de nombreux chantiers alors que quelques rares autres n’en comptent aucun. Il paraît qu’il n’y en aurait plus « que » 4 614 aujourd'hui. Autant dire que la pauvre Amélie passerait son temps avec son amoureux à slalomer en scooter entre ces horribles panneaux verts délimitant des trous où on ne voit jamais personne travailler... A moins que dans l’air du temps, les deux tourtereaux se promènent à deux en trottinette électrique. Cependant, et même si le réalisateur ne le dit pas, il faudrait nettoyer la ville de fond en comble tellement elle est sale. Les poubelles sont dehors la moitié du temps, les papiers et autres détritus trainent partout malgré les engins high tech utilisés. On aurait envie de prendre un bon vieux balai et une pelle pour faire le ménage. Quant à la circulation, elle est tout bonnement impossible.

Alors voilà, pour toutes ces raisons, Amélie ne reviendra pas. On en gardera le souvenir comme celui d’un temps révolu, idéalisé, où la poésie courait dans les ruelles de la capitale pour aboutir sur un banc à une étrange vérité : il y a plus de connexions dans notre cerveau qu’il n’y a de galaxies dans l’univers…… Et de chantiers à Paris.

Florence Berthelot